Du Chardon et des Oliviers

J’ai longtemps réfléchi à comment parler de ce domaine

Faire un tour d’horizons de toutes leurs cuvées? Plusieurs millésimes?

Aller au domaine, prendre leurs vignes milles fois en photos, rencontrer monsieur Chardon? Une interview?

Que des choses pertinentes pour un blog sur le vin quoi.

J’hésitais, je me prenais la tête.

Me suis servi un verre, pour penser à autre chose…

C’est bien jaune cette histoire…

Au nez toute la garrigue, les collines, le sud.

En bouche aucune amertume ou acidité, juste du fruit, un joli sucre.

C’est l’Huile d’Olive du domaine Terre des Chardons

Est ce qu’il y avait plus pertinent pour parler d’un domaine que j’affectionne au point de lui prendre purement et simplement son nom? (Il faudra bien changer ça un jour)

Evidemment oui.

Mais au moins peut être maintenant ma paralysie s’envolera un peu, j’arriverai à doucement parler de ce beau domaine dans les Costières.

Et puis, tout bien réfléchi, c’est peut être la meilleure huile d’olive qu’il m’ait été donné de goûter.

Alors…

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Mas du Chêne, un bout de Toscane en Costières

Quand je passe dans une cave remplie de Grenache et de Syrah au bout d’un moment je m’ennuie un peu. mon regard dérive. Vers cette bouteille de Ganevat Orange que je voudrais tant reboire, un rouge qui tache d’Espagne. Mais bon …

Non, mon oeil est accroché par un flacon, avec marqué en gros « Sangiovese »

Ooooh, du Chianti? La Toscane me manque, pourquoi pas?

Elle fait un peu piège à touriste cette étiquette non, la fontaine de Trévi, la Vespa? Je le sens pas. Regardons ça de plus près.

Mas du Chêne? Saint-Gilles?

On est en Costière…

Qu’est ce qu’il fout là ce Sangiovese, bien loin de sa Toscane?

« Ils sont un peu fou au mas du Chêne » me dira le caviste, « il est revenu d’un voyage en Italie fou du vin qu’il y avait bu, il voulait tenter l’expérience »

Je le comprends. J’ai un souvenir très ému du Chianti bu il y a quelques mois à Radda in Chianti. Du fruit plein la bouche, « du Cassis », très peu d’acidité, aucune lourdeur.

Ici on part dans une autre direction, on sent la barrique, c’est très vanillé, très agréable, très simple a boire car léger en alcool. C’est un gâteau, très sucré qui mériterait d’avoir une petite framboise à son sommet pour un peu de fraîcheur mais qui remplit parfaitement son office de dessert qui cale en fin de repas. On en reprend même un peu.

Très cool.

On sent peut être pas la patte du cépage, je suis un peu déçu de jouer autant sur le cépage, sur la surprise italienne pour finalement « masquer » le raisin par du bois. On est quand même plus près du Languedoc que de Rome.


Si le souvenir d’Italie n’est pas là c’est vraiment le genre de bouteille qui fait passer une bonne soirée, passe partout juste ce qu’il faut pour plaire à une personne pas amateur de vin, qui sublime un plateau de fromage.

Et puis on sort un peu de ce combo Grenache/Syrah que je bois trop.

Nickel

« Bienvenue chez Rapatel ! »

18h40: « Si vous cherchez un caveau allez au cimetière du coin »

22h30: « Prenez soin de vous les gars, rentrez bien, à bientôt! »


Sur une carte satellite quelques hectares de vignes coincés entre un aéroport, une ligne TGV, une base militaire et une autoroute. Le village d’irrésistibles version Costières de Nîmes. Après des ares et des ares de terres expropriés, de ceps arrachés. Gérard Eyraud est toujours là.

Et il nous accueil en slip et en crocs… Non mais c’est important! Ça donne le ton d’une soirée lunaire, entre humour décapant, savoirs passionnants et amours infinies.

Le domaine Rapatel je suis passé milles fois devant, je me suis quelques fois étonné de voir que de son drapeau Costières de Nîmes il ne restait que le poteau, je me suis posé des centaines de questions existentielles juste devant.

Aujourd’hui on s’est aventuré dans son chemin, sans vraiment se poser de questions, sans y penser, un détour sur le chemin du retour. On s’est garé contre un tracteur, on a entendu Gérard nous dire « restez pas là, rentrez », sans bien savoir s’il voulait qu’on rentre avec lui ou qu’on rentre chez nous, on l’a écouté nous parler de son vin.

Ou bien on a essayé d’écouter ses vins. « Ils me parlent, je les écoute, parfois ils ont des coups de blues », alors il leur met de la musique, entre Cabrel et Schubert, selon leurs envies. Et s’ils ne lui parlent pas ? « C’est arrivé, une fois, j’étais perdu, je comprenais plus rien, j’ai fermé la porte de la cave, je n’y suis plus retourné pendant tout un hiver… Et une moitié de printemps. Et puis j’ai bien du y retourner. Ils ont du se languir de moi, ils chantaient à nouveau »

Mais attention, il essaierait presque de nous faire croire qu’il n’est pas un sentimental. Tout ça « c’est que du jus de raisins fermentés », « ça fait poser des questions mes histoires, moi je m’en pose pas, c’est mon boulot de les écouter, je bosse »

Et on bosse comment chez Rapatel ? « C’est bien simple, moi je fais toujours tout tard. Je vendange tard, bien mûr, je mets en cuve tranquillement, par gravité, je pose le chapeau de la cuve, un peu d’azote à la limite. Et j’attends. »

« J’attends », c’est modeste pour un homme qui travaille non stop, ils sont deux sur le domaine, qui surveille très attentivement ses 40 cuves, qui maintient une hygiène impeccable, qui soigne ses vignes « avec des plantes de mon pays ».

Mais admettons. Il attend. Longtemps. « l’évolution du vin c’est un cardiogramme, il monte, il descend, il vibre. Je veux pas le figer. Il suit son cours, en hiver il fait 3 degrés ici, ça le filtre, là il fait 35 degrés, il mûrit ». Et il nous sert un verre directement à la cuve, à la température ambiante de ce mi Août gardois.

C’est incroyable.


Des cuves il y en a 40, « à peu près ». Entre jungle et cathédrale. En repensant à ses yeux émus en parlant de bourboulenc perdus, ses cuves remplis de millésimes où je n’étais pas forcément né sont peut être une bibliothèque. Une bibliothèque dont les livres s’écrivent encore.

« Il est un peu jeune celui-là ». On acquiesce, c’est un 2011. Une heure après s’être perdus dans sa cave le rapport au temps change, on parle lentement, on savoure, on écoute la lente mélodie du vin qui roule contre le verre, la voix de Gérard qui parle de comment il a redecouvert ses vins après un voyage en Asie. « J’ai découvert qu’ils avaient des goûts que je ne connaissais pas encore », « il faut pas être pressé pour comprendre le vin, enfin j’en sais rien, moi je sais rien »

« Demain on va mettre un peu de Carignan 2011 en bouteilles, une palette, puis on verra plus tard pour le reste. Ça presse pas ». « Combien de temps ils se gardent ? J’en sais rien, faudrait leur demander, les goûter « 


« On goûte un peu tout ça ? »

Je crois qu’il nous aurait ouvert toutes ses cuves, fait goûter « un vin d’un pote qui a ses vignes dans Nîmes », on s’est promis de revenir. Après tout c’est à 5 minutes…

En vrac on est vraiment sur des vins concentrés, avec toujours une intensité en bouche et une longueur folle. Toujours dans un équilibre précaire où il y a beaucoup d’alcool, beaucoup de fruit, beaucoup de sucre mais toujours une buvabilité infinie. Un éléphant qui joue au funambule mais ça passe, par un tour de magie étrange.

Ressortent, pour moi, ceux avec une petite dose d’acidité, un éléphant en tutu. La Petite Signature et Salomé, tout deux de 2014, »millésime surprenant, des vignes et des vins très enjoués », sont des petites bombes. Des vins de soif mûrs.

Arthur 2009 est peut être un rouge parfait. Sisi. Je sais pas ce que ça veut dire mais je le ressens comme ça. Sans pouvoir l’expliquer, juste de l’emballement émotif. Voilà que l’éléphant danse même le long de son fil. Un grand vin rouge sans aucun doute. « Il paraît qu’il y a des notes de vieilles roses », des vieilles roses sauvages alors, qui vont faire chavirer beaucoup d’amoureux encore.

Le Carignan est une énigme. Le 2009 comme le 2011, un alcool omniprésent, des fruits noirs à s’en étouffer . Puis la lumière au bout de quelques minutes à respirer, c’est plus tout à fait du vin, c’est un alcool nouveau, une invention Rapatel? « Le Carignan c’est magnifique, si t’en tire pas des hectolitres ridicules, il te raconte des vieux secrets ».

Et on finit par un blanc, me demandez pas pourquoi, le temps n’a plus de logique je vous dit.

Nadège 2010, on s’attend à un univers d’oxydation, à un goût de carton. Je pense qu’il se trompe et que Nadège est de 2018. C’est un univers de fraîcheur et de minéralité. Il vient nettoyer le palais patiné par le vin rouge, réveiller les langues endormies. On recommence à parler « il y avait la mer ici, mes vignes ont du sel à leurs pieds, je suis plus camarguais que Côtes du Rhône », ça se sent dans le verre, il y a une légère salinité qui ne donne qu’envie d’y revenir plus vite. « Tu bois trop vite toi, il a 9 ans, laisse lui le temps ». Et des fruits qu’on ne connaît peut être pas encore, je lis « ananas », « mangue ». Plus exotique encore.


« Bon, j’ouvre ça puis je vous fous à la porte, faut que les vins dorment « 

Un flacon de 50cl. Il sentira longtemps le bouchon. Il nous laissera la bouteille et plein d’autres, il nous laissera plein de « on se revoit bientôt » et de « vous savez moi si je suis pas là, je suis dans les vignes, ça nous fera une excuse pour promener ».

On se laissera sur cette bouteille. Du Carignan muté de 2005. « Le raisin était magnifique, sain, il fermentait, c’était magnifique. Puis il a commencé à crier, à partir trop loin. J’ai appelé un ami bouilleur de cru, il a fait les 5 heures de routes immédiatement, et dans la nuit on a fait couler de l’alcool »

Me demandez pas ce que c’est. Je lis depuis 24 heures des explications sur le Porto, le muscat ou la carthagene, je les comprends bien, je ne comprends pas comment ce que j’ai dans ce verre peut être aussi bon.


« Ils sont de bonnes humeurs ce soir » dit-il en sentant un verre. Je crois qu’on l’était tous dans la cave, nous de boire des vins si bons et d’entendre de si belles histoires, lui de parler à ses vins, ses petits enfants de courir dans tout les sens.

« Ça presse pas »…