Qu’est ce qu’on boit ce soir? #1- Mas de la Dame

Une série.

Rien que ça.

Pour parler, relativement vite, des bouteilles qui sont produites dans mon terroir, les choses sur lesquelles je tombe au détour d’un casier de vins.

Des vins d’un ordinaire assez incroyable quoi.

Y a même un numéro de présentation ici


Aujourd’hui il fait excessivement chaud dehors.

Et il y a eu un coucher de soleil magnifique sur la plage.

Deux raisons qui me font tant aimer cette robe

C’est très orange encore cette histoire

Bon. Je le savais déjà mais c’est un très mauvais rosé d’apero, d’été, de piscine. On le devine à sa robe, c’est beaucoup trop gourmand et vineux pour ça. Ce serait bien plus un rosé de table.

Tant pis.

Parce que ce rosé du Mas de la dame 2017 est un très bon vin.

Surprise à l’ouverture, ça pétille un peu. Ça pétille carrément même. Rien qui ne disparaît pas après l’avoir laissé respirer cela dit. Caractéristique que je n’avais pas sur une précédente dégustation et dont personne ne parle. Bouteille mal gardée qui aurait commencée à fermenter ? Gaz carbonique lors de la mise en bouteille ?

Ou alors il fait bien trop chaud et le vin commence à bouillir.

Finalement, n’alterant pas le goût, on est loin d’un défaut, ça vient apporter du relief à un vin un peu lourd.

Et encore une fois ça s’envole très vite

Et qu’est ce qui se cache derrière ces drôles de bulles ? Un rosé en partie de saignée, vulgairement il va tirer un peu vers le vin rouge, laissant une grosse impression en bouche.

En terme de sensation ça me ferait penser à du velours. Y a cette lourdeur mais qui garde une certaine douceur, une chaleur douce. Parceque c’est carrément agréable ce sucre très présent avec des notes de fruits plus discrète mais bien là.

Vraiment pas un vin de soif qui vient rafraîchir mais un vin qui tâche un peu, qui réchauffe peut être trop.

Avec quand même cette classe qui ne se perd jamais dans les Alpilles.


Et comme j’ai vraiment du mal à quitter ces collines, le lendemain ce sera un verre de son copain en rouge.

La Stèle 2015, toujours du Mas de la Dame donc.

Et c’est très marrant de voir toutes les ressemblances entre ces deux vins. Cette même impression de velours, ce côté suave et sucré. Un alcool bien présent mais qui n’agresse pas, des tanins qui roulent.

Tout pareil que le rosé, c’est du vin d’automne peut être. Quand on a besoin de se réchauffer un peu, d’avoir un nez légèrement vanillé, un arôme de cannelle.


La Péquelette, Vinsobres et bouses de cornes

Mon tout premier Vinsobres, c’était y a pas si longtemps, il y avait des pâtes au saumon sur la table basse, on était au fond d’un canapé, devant une télé dont les infos étaient couvertes par une discussion sur les couchers de soleils dans les alpilles.

C’était un Chaume-Arnaud

Autant dire que je trouve ça plutôt cool d’être aller au domaine il y a quelques jours, la camionnette pleine de bouses de vaches.

Quoi?


« Faut voir le vignoble, et tout ensemble vivant, comme un organisme. J’y mets tout mon cœur »

Y a des poignées de mains géniales. C’est rare mais il y en a. Celle de Cedric, qui sort de sa piscine en déconnant avec ses enfants et qui nous demande si on a fait bonne route en est.
Cedric Guillaume-Corbin est vigneron à Vinsobres, domaine la Pequelette. 8 hectares perchés sur une colline qui regardent vers le sud-est. Enfin si je dis ça c’est juste parce qu’au sud-est y a mon VentouxFichu appareil qui laisse à penser qu’on ne pouvait pas voir le sommet tout blanchi par la caillasse

Enfin, en un mot, l’endroit est magnifique.
En cents mots, ici on remplit le verre d’eau à la source, des chiens tendent la patte, on a une vue sur le géant de Provence, un vent frais arrive à lutter avec la chaleur folle, les cigales n’ont pas tout à fait le même son. Et il y a une drôle de préparation blanche dans des pots en verres.

Parceque la Péquelette est en biodynamie. Si je devais résumer l’idée avec mes petits mots la biodynamie ce serait trois choses importantes:
Le retour à des techniques ancestrales, on s’inspire des anciens, des indiens, on bannit la chimie lourde et les grosses machines.
On suit un rythme naturel. Basé sur la Lune, sur Jupiter pour ce qui est le moins facilement compréhensible, en étant au plus près des saisons, des climats, des données sensibles comme l’hygrometrie etc
Le travail de l’agriculteur sera plus d’accompagner la nature que de la travailler.

Est ce compréhensible ?
Je crois
Est ce clair pour autant ?
Peut être pas.

Ça ne l’était pas forcément pour moi. Pas avant ce petit voyage à Vinsobres

Et puis finalement, quand Cedric en parle, c’est assez simple. Le mec est pas du genre à se prendre la tête. Ça peut même paraître trop simple j’imagine, faire rire d’entendre quelqu’un dire qu’il faut aimer ses vignes et elles feront le reste.
Que ces gens essaient de parler 5 minutes avec Cedric, ils en sortiront avec qu’une envie: acheter quelques ares de vignes.
Et utiliser de la bouse de corne.

Parceque cette « chimie lourde » il faut bien la remplacer, accompagner les vignes et tout l’écosystème.
Rentre donc dans l’histoire pleins de préparations. De la plus simple à comprendre comme le compost à la plus complexe comme la silice.
Et Cedric fait partie de ceux qui en produisent et en filent à leurs copains.

Qu’est ce que ça change dans notre verre toute cette histoire ?
C’est toujours pareil. Faut le boire pour se faire son avis
Mais au rayon de mes certitudes personelles ces vins ont une capacité à surprendre infinie. Balayez toutes les idées reçues sur le goût, le terroir, acceptez que le même vin ne sera jamais tout à fait pareil.
Il y a toujours une légèreté en plus, peu importe les degrés, les tanins. Certains disent que c’est « glouglou », « d’une digestibilité folle ».
Il y a un truc en moins, qui enleve de la lourdeur et laisse la place à plus de nuances.


Et puis, sur la route du retour Chaume-Arnaud, virage à droite, fallait y aller.
Et quand Valérie Chaume-Arnaud a répondu un « Ça me donne envie tiens, j’essaierai » à mon « votre vin est excellent avec des pâtes au saumon », je me suis presque imaginé sommelier.

Qu’est ce qu’on boit ce soir?

La question est bonne. Je suis pas sur qu’elle soit de moi.

J’habite à Arles. C’est là:

J’ai sorti mon meilleur Paint

Et si on se pose cette question dans un magasin, une cave, à Arles, on va tomber sur quoi?


D’abord, le plus proche, produit entre les bras du Rhône ou tout contre, la star locale « le vin des sables ». Connu pour sa couleur pâle, son acidité, ses notes iodées et -note personnelle- son manque d’intérêt. C’est la boisson autour de la piscine, peinard, un pied dans l’eau, avec des glaçons dedans. Ou alors j’ai pas encore eu la chance de tomber sur un vigneron qui sortait du lot.

En dehors de ça, toujours dans l’estuaire du Rhône, entre deux marécages, on y trouve quelques vignobles intéressant, qui proposent d’autres choses. Dans ceux que je connais bien: Attilon et Valériole. Ils jouent bien avec les cépages qui s’épanouissent dans ces terres humides comme le Marselan et tentent l’expérience sans souffre.

Et au delà?

Ca se voit bien sur ma magnifique carte, Arles se trouve au centre de trois vignobles. Ou à l’extrémité de trois vignobles. Selon comment on voit les choses.

A l’est la Provence avec les Alpilles en plus proche représentant. Evidemment les rosés, Bandol. La piscine mais version Côte d’Azur, plus classe, plus branchée. Je me tourne, pour l’instant, assez peu de ce coté. Je me sens plus Montpelliérain que Niçois.

Et donc coté Ouest, l’immense Languedoc. Les Corbières et Castelmaure comme première découverte de « grands vins », opi d’aqui comme démonstration du vin vivant. Forcément c’est critiqué, mal vu même comme vignoble. La faute à une viticulture de masse, du rendement et des hectolitres. Je suis très content d’y voir un endroit en effervescence, la route Arles/Narbonne jonchée de pépites.

Et en regardant vers le nord, juste un peu, les Côtes-du-rhône. Ceux du Sud. Pas les plus appréciés non plus. Hermitage et Châteauneuf sont pas si loin mais mon héritage ce sera plus les Costières de Nîmes et le Ventoux. Il y a moins de galets, ou ils sont moins célèbres. Mais c’est des terres de Chardons avec des domaines géniaux, et des futurs articles excitants. Enfin j’espère.

Bon

Qu’est ce qu’on boit ce soir?

Mon Ventoux

Facile ce titre. Trop facile

C’est ma faute si le mont Ventoux il se fait grimper par des cyclistes espagnols, si on en retiendra que la caillasse, la sueur et l’antenne tout en en haut ?

Prenons l’autre côté du Ventoux. Mon Ventoux

Où la pierre lutte avec les prairies et les forêts. Où les chamois jouent aux funambules le long des falaises. Où le sommet est une source d’eau fraîche.

Y a un peu de tout ça dans le Roi Fainéant.

Les 15 degrés qui luttent contre des notes de fraises des bois. Une animalité au nez, un côté sanguin en bouche. Le tout frais, désaltérant, qui respire.

Enfin c’est mon Ventoux quoi.

J’y peux rien si c’est facile. Trop facile.

Un très bon vin, pris au hasard ici: Lou Canesteou entre deux tranches de fromages primés. Adresse très sympathique d’ailleurs. Je suis pas un grand amateur de fromage mais celui ci pourrait me faire changer d’avis..

Encore une fois, rien n’est vraiment dit sur le domaine, le vigneron… Mais là c’est un achat fait les yeux fermés, sans infos, un plaisir de dégustation presque à l’aveugle. Ça vaut le coup aussi. Je resterais bête pour le coup.

Sinon c’est la Ferme St Pierre

Il est bon mon Ventoux

Du Vin Orange?

Il y a des moments que j’aimerais peindre, que j’aimerais savoir peindre.

Celui ci aurait de magnifiques couleurs fauves.

Je suis à la table du Chardon avec deux amis.

Oui, le Chardon est une des raisons du nom de ce blog. C’est un resto fascinant au principe fort, des cuisiniers du monde entier, de tout les horizons, prennent le contrôle des fourneaux, marquent les esprits pendant un petit mois et puis repartent comme ils sont venus.

Et une équipe permanente s’occupe du service et de la partie cave.

Et ils font ça bien! Du vin nature, des choses qui détonnent. Avec de belles propositions niveau accords mets/vins faites par l’équipe. Une magnifique entrée en matière, pour moi, dans le vin vivant donc.

Le repas avance, c’est une cheffe palestinienne, on a toute la méditerranée dans nos assiettes. Ça aurait pu s’arrêter là, 3 plats c’était déjà parfait.

Et puis le 4 ème arrive, et puis y a un petit regard accrocheur. On nous remplit nos verres. Une magnifique couleur, un parfum d’automne au milieu de la chaleur folle du mois d’août.

On nous sert une explication parfaite sur ce vin blanc macéré, ces « raisins blancs qu’on vinifie comme on vinifierait un rouge ». Ha oui! Parce que moi je découvre ce que c’est le vin orange y a moins d’un an hein. Paie ton blog. Parait que c’est une mode, parait que sur Instagram y en a dans tout les sens.

C’est les miens de sens qui sont chamboulés. Forcément ça ressemble à rien que je connais. Jeu fascinant de se souvenir un an après du gout, d’essayer de dépasser les émotions qui restent. En mémoire un quelque chose légèrement sucré avec des fortes notes brûlées. Ca chauffe les joues, ça donne de la joie. Mes, maigres, expériences suivantes avec du vin orange m’amèneraient à penser qu’il devait y avoir de l’amertume dans tout ça. Je n’en ai plus souvenir. Peut être pas. Reste l’idée. Un vin qui accroche joliment le palais, laisse une chaleur sucrée rassurante, le tout jamais écœurant grâce à une magnifique acidité qui laisserait presque une impression pétillante.

Un vin orange.

Quelques mois plus tard, à la recherche de ce gout pour rattraper les émotions justement, je retournerai tout facebook pour trouver un contact capable de me donner le nom de ce vin. J’en suis pas fier .. Ce sera Thomas, qui dans notre discussion se présentera comme le responsable artistique de la cave du Chardon.

C’était l’Orangeade d’Opi d’aqui, situé à Clermont l’Hérault. Autant dire que ça vaudrait le coup d’y faire un tour.

« l’envie de faire le beau, le bon« 

Et depuis j’ai une espèce d’obsession pour le vin orange que j’essaie de contenir un peu. Je voudrai pas que cette petite magie, cette surprise disparaisse. Donc j’en boit peu et de préférence le plus naturel possible. Je veux qu’en boire reste un petit choc.

D’ailleurs, je vais encore évoquer à la volée le domaine Milan dans les Alpilles mais leur vin orange , Luna et Gaia est une petite merveille d’amertume.


J’ai déjà cette capacité à me créer une mythologie d’un rien, d’un verre, d’une discussion qui l’accompagne. Si en plus je suis aidé par les événements..

Dans cette lente découverte du vin nature y a un coup d’accélérateur quand je me retrouve à Gaillac, voir Plageoles. La veille une crise de curiosité me prend, je tape bêtement quelque chose comme « vin nature » sur Google. Je tombe sur le très bon, et très abandonné, du morgon dans les veines. Premier article, un petit texte sur un bar à Venise. Déjà je meurs d’envie d’y être. Le nom Radikon passe vite fait sous mes yeux.

Le lendemain je suis à Gaillac, « notre Toscane à nous » dira Monsieur Plageoles avant de nous faire passer par sa cave perso. Une bouteille de Radikon y traine. J’aurais pu rester des heures dans ce 4 mètres carrés je crois, le sol jonché de bouteilles toutes avec une belle histoire derrière.

Et puis je suis coquin, j’y retourne au chardon. Le chef a changé donc, un Gallois, on nous propose un menu « Meat-free » fait sur mesure. Je me fais petit quand Thomas me demande ce que je veux boire. Je vous ai précisé que j’ai harcelé au moins trois employés du Chardon, vers trois heures du mat’? …

Et je me retrouve avec un vin orange du Jura dans le verre. Est ce que j’ai oublié de demander le nom du vigneron? Oui. Est ce que je me retiens d’aller sur Facebook depuis? Oui.

C’est beaucoup plus oxydatif, je pense à du pain d’épice. Des épices y en a d’ailleurs, un souvenir de cannelle. Dans l’assiette juste des asperges et une sauce au parmesan. Sans aucun emballement, le meilleur plat de ma petite vie. Une courte discussion avec Thomas alors que je reprends un verre. S’il y a autant de vin orange ici au chardon c’est parcequ’il en est un peu fou. Depuis une dégustation de Radikon ..

Mais bon sang! C’est quoi ce Radikon?

C’est en Italie, et encore … C’est tout contre la Slovénie. Et il semblerait bien que ce soit des papa du vin orange, du vin absolument nature sans une once de souffre ou d’intrants.

C’est le sommet d’une mythologie commencée un an plus tôt. C’est un an d’envie et de découverte. C’est le truc que sans doute je boirais jamais parce que c’est devenu un idéal.


Quelques semaines passent.

Je rentre dans une cave au milieu du Chianti

Contre un mur, plus occupé par une bibliothèque de classiques Latins que par du vin.

Du Radikon


Et je crois que finalement j’aime bien l’idée que cette histoire se « finisse », dans les Costières de Nîmes, avec mes deux amis qui étaient là au Chardon.

Une Cave Dans le Chianti

Est ce que je prends un malin plaisir à, en trois jours, parler d’une semaine à Santorin, une journée dans les Alpilles et une semaine en Toscane?

Carrément oui.

Quelques jours dans le Chianti. Il n’a pas fait très beau, tant pis. On se consolera en pâtes, bruschetta et vin.

Si j’ai l’impression que dans la conscience collective le Chianti, le Prosecco et autres jaja italien n’ont pas bonne réputation, des vins de grande surface qui se vendent par hectolitres, pour moi il y a du rêve dans tout ça. Il y a le lieu, il y a le voyage, il y a des phrases de rencontres:

« J’étais dans un bar à Venise »

Alors c’est un peu fébrile que je rentre dans une cave à Radda in Chianti, Enoteca Toscana.

L’inquiétude de tomber sur un magasin pour touriste ou pire d’être pris pour un touriste. La première peur s’envole quand je vois, bien mis en avant une bouteille de Radikon, vin nature dont j’avais entendu parler par plein de personnes de confiance et j’essaie de faire disparaître la seconde en me raccrochant à cette bouteille de vin orange, en jouant au connaisseur.

Je repartirai avec 30 minutes plus tard.

Parce que oui, j’ai eu le droit à trente minutes d’une discussion géniale, à moitié en anglais, à moitié en langue des signes. Sur le vin orange, sur le bio en Italie, sur les Côtes-du-Rhône. Génial de voir son regard plein d’étincelle en parlant des vins français, de ce qu’il importe. Des questions sur le vignoble français. Et mes réponses bégayantes.

Puis viens ma question à moi:

« I’m looking for a good organic chianti maybe natural, around 20 euros »

Son regard change. Bio oui, naturel ça ne se fait pas dans le coin, il faudrait descendre plus bas, vers Sienne et il me parle d’un vin 100% Syrah, juste en dehors du Chianti, 100% naturel. Ça a l’air génial. Mais je redeviens un touriste. Il me faut une bouteille avec marqué bien en gros Chianti, avec du Sangiovese. Il me faut plus une histoire qu’un bon vin peut être.

Ce sera:

Il a avec lui le fait de me rendre heureux juste en existant, d’être rester une semaine dans la bagnole, d’avoir fait le tour de l’Italie avec moi, l’histoire est bien là. Au moins pour moi. Un petit bout d’histoire.

Et pour ce qui est du vin .. C’est très bien. Tout simplement. Sans folie, en transparence. Un quelque chose un peu dilué, mais ça bouge en bouche, ça glisse le long de la gencive, ça laisse une belle note persistante.

Tout sur le fruit même si on sent un léger passage en fut.

Pas un grand vin, sans aucun doute mais ne serait ce qu’arriver à ne pas trahir un voyage c’est déjà bien assez. C’est déjà très bien