Qu’est ce qu’on boit ce soir? #2- Mas de Valériole

Qu’est ce qu’on boit ce soir? #0

Qu’est ce qu’on boit ce soir? #1- Mas de la Dame

Prenez la route à partir des Saintes Maries de la Mer, au centre de la Camargue, contre l’eau salée.

Vous laisserez de coté l’église, les flamants roses, les cygnes, les marais salants.

Doucement la terre se fera plus sèche, plus aride, on est au cœur de l’été, il ne reste que le sel, les toros s’ébrouent, des manades de chevaux d’un blanc taché par la poussière plus que par le sable.

Avancez encore et du riz apparaîtra, juste après des étendus de tournesol cramées. Encore un peu et des vignes se devinent. Des vignes têtues, tordues, contrariées. Mais bien verte. Du vert à perte de vue d’un coup. Entre vignes et rizières. Presque un oasis.

Valériole c’est un peu de tout ça. Leurs vins en tout cas. Beauduc, nouveau nom de leur vin nature, qui porte fièrement sur sa contre étiquette l’IGP « Terre de Camargue »

Ça peut être âpre, légèrement salin, avec un fort caractère.

Et puis au détour d’un chemin la Camargue se fait presque accueillante.

Beauduc deviendrait rond et agréable.

Vinsanto, un dernier souvenir de Santorin

Je l’évoquais ici, j’étais à Santorin il y a presque un an.

S’il y avait du vin dans nos verres il n’était sans doute pas de qualité, clairement pas nature, certainement pas incroyable. Mais qu’est qu’il était bon. Il était vivant par la force du voyage et du moment. Il apportait un point de suspension à une semaine un peu folle.

Et j’ai ramené un flacon de cette idée.

Ceci:

Dans le trajet s’est décollé l’étiquette. On ne pourra même plus savoir à quel point il était mauvais, à quel point c’est un fait par un énorme producteur sans âme. On dirait qu’il sort d’un galion pirate. C’est parfait, il sort de la cale de mes souvenirs, qu’il réveille. Qu’il sublime un peu. C’est même très bon en fait …

Santorin c’est un volcan éteint, une mer d’un bleu incroyable, des millions de touristes, un désert inquiétant, des murs blancs à perte de vue, la rosée du matin comme seule source d’eau.

Le Vinsanto doit naître d’un peu de tout ça. C’est un vin blanc dont les raisins ont été récoltés tardivement, qu’on laisse sécher au soleil avant de vieillir en tonneaux pour de nombreux mois.

C’est doux dans le sens où c’est sucré, d’accord, mais celui ci laisse une forte impression, une certaine acidité qui l’empêche d’être trop lourd.

Une espèce d’instinct incontrôlable appelle du roquefort, ça marche totalement. Sans aucun doute bien plus qu’un dessert sucré qui aurait fait pencher la balance instable vers trop de sucre, trop de gras.

Le flacon disparaît assez vite, on l’utilise finalement plus comme un condiment qu’une boisson. Mais ce que ça sublime le fromage …


Plus de souvenirs à consommer, des dizaines d’articles sur des vins grecs passionnants, le manque de gravir ces milliers de marche. Du Vinsanto.

Beaucoup trop de raison d’y retourner.

L’anglore, le mythe..

Il y a une chose géniale dans le monde du vin, c’est que je ne suis pas le seul à y mettre une grande dose de mythologie, d’histoire, d’excès..

De la démesure des châteaux Bordelais et des millésimes de Champagne à la folie du nouveau monde californien.

Dans le petit monde du vin nature il y a ces espèces de légendes, ces vieux sages comme Lapierre ou Callcut. Et puis il y a des petits nouveaux, qui ont explosés avec le vin nature, parfois juste avant, juste au bon moment pour se faire un grand nom, pour se vendre par hectolitre dans le monde entier.

C’est l’image que j’avais du travail de Pfifferling. En seulement quelques mois de passion pour le vin son nom est revenu tellement de fois, toujours comme si je connaissais forcément ses bouteilles. De Nimes à Brighton en passant par le Chianti il est dans la bouche de ceux qui aiment le vin nature, il fait partie de ce paysage. Il l’a peut être même un peu façonné par son impact.

Au tournant de la décennie son nom devient célèbre, il est sur toutes les tables parisiennes à la mode, les cavistes vendent ses bouteilles au compte goutte pour que tout le monde puisse en avoir. Je suis pas bien sur de comprendre s’il a profité d’une hype folle autour des vins natures ou s’il a participé à la créer.

C’est ce que je savais de lui. Finalement peu de choses, rien de réellement important, rien qui touche réellement à son travail. Avant d’acheter une de ses bouteilles, Véjade, sans réellement y penser. A ma demande d’avoir un bon rosé vif, « d’été », après l’évidence Terre des Chardons (…) pour le caviste il y avait les vins du domaine l’Anglore. Encore un qui m’en parle, mais très simplement, presque comme des vins pas prise de tête. Il y a quelques cuvées devant mes yeux, il me conseille de commencer par ce Véjade donc.

Je rentre chez moi, jette un oeil sur internet, voit qu’il est classé sur tout les sites comme un vin rouge, maudis un peu mon caviste, me dit que dans la discussion mon envie de départ s’est perdu. Je me retrouve avec un l’Anglore. Tant pis, la bouteille dormira quelques jours, quand j’aurais envie de rouge.

Et quelques semaines plus tard, je vais chez des amis, un l’Anglore à la main. J’ai une espèce de stress incontrôlable. J’en entends tellement parler comme d’un classique des vins natures, en Angleterre son nom était sur toutes les lèvres, ils l’évoquaient comme on évoque un mythe, l’air un peu songeur , la voix lourde, un sourire en coin. Alors je panique un peu avec le bouchon, hésite avant de verser dans les verres. Je sais pas, j’ai peur de pas être au niveau de ce vin. C’est ridicule oui.

Et c’est génial.

C’est génial parce que ça a le gout d’un mythe. « L’impression d’ouvrir une malle dans le grenier et de découvrir des histoires insoupçonnées ». Ça a un gout d’aventure, d’enfance et de grenadine.

Un sirop sans aucune acidité avec un alcool magnifique qui ne brûle pas mais sublime les notes de fruits. Le tout joliment voilé par un je ne sais quoi légèrement « vieillot ». Mais dans une version noble du mot, poussiéreux comme le serait un bateau pirate quoi. Du vieillot rock?

Et puis il y une question. C’est du rosé ou du rouge? Ma photo ne rend pas du tout compte de ça mais à la lumière on jurerait que c’est un rosé, ça a le plaisir simple d’un rosé. Mais ça a la profondeur et les tanins d’un rouge. Mon caviste avait pas si tort.

Et une semaine plus tard la propriétaire du Gibolin, resto/bar/cave arlésien remettra encore plus l’Anglore à sa juste place, en nous servant un verre sans rien nous dire, juste pour nous faire goûter ce qu’elle veut dire par « vin d’été », sans même vraiment nous dire ce que c’était. C’était encore une bouteille de Véjade. Bien loin des sites internet qui restreignent son achat à un bouteille par commande.

Bien loin du blingbling que je pouvais craindre.

Comme si ce vin se cachait derrière sa popularité, derrière cette question sur sa couleur qui a fait couler tant d’encres, derrière la passion qu’il inspire à des milliers de gens a travers le monde.

Très près de ce qu’un mythe est réellement.

Une belle histoire pleine de mystère.

Une Semaine Orange

Je suis pas bien sur de comment on est arrivé de ma bête question, « on fait du vin nature en Angleterre? », à boire autant de vins français, italien, sud africain…

Mais force est de constater que c’est le chemin qu’une semaine à Brighton a pris.

Une semaine très orange.

Ça commençait simplement, un verre de Frekt, domaine Lammidia. On est dans les Abruzzes, j’y étais y a pas si longtemps, ça ressemblait au paysage, très vert pour un vin orange, un quelque chose plus près de l’herbe fraiche que des fleurs blanches.

Et puis l’idée germe, on est plusieurs à prendre des verres, on pourrait prendre une bouteille. La carte est bien trop géniale pour choisir logiquement, ce sera mon cri du coeur « Je veux goûter du vin orange pétillant ».

Oui ça existe. Oui c’est génial. Escale en République Tchèque. Domaine Korab, l’orange pet’nat. Parmi les toutes meilleures choses que j’ai bu. Le plaisir immédiat et la fraîcheur des bulles, les épices et la complexité du vin orange. Combo gagnant. Ça a une robe incroyable en plus.

« On peut amener une bouteille et la boire ici? » Un québécois qui amène une bouteille achetée deux jours plus tôt au nord de l’Italie dans un bar anglais. C’est oui. Uis Blancis de Denis Montanar, on est pas loin de Radikon, il fait partie de la même école. Et pourtant mes pauvres repères ne comprenne rien. C’est d’une douceur… Aucune amertume, les tanins laissent une sensation laiteuse. C’est facile à boire, ça ne se réfléchit pas.

Et puis des verres en vrac, pour finir la soirée, pour continuer à découvrir le vin orange, No Milk Today du domaine des bottes rouges, dans le Jura. Visiblement on y fait du vin orange aussi bien que du vin jaune. La filliation est là d’ailleurs, c’est très oxydatif, ça réveille. Tragolargo, Espagne, Alicante. On dirait du rouge tellement ça fait vin du sud qui tache. Peut être celui qui m’a le moins plu dans tout ça. Très, trop, boisé, vanillé. Ça met superbement le doigt sur la richesse et l’étrangeté de ces vins à la couleur étrange par contre.

S’il y a eu d’autres verres que du orange, du vin blanc sud africain, du rouge australien je parlerais juste ici d’une entorse au orange. Le Masieri d’Angiolino Maule. Relativement connu pour dire à qui le veut qu’il n’aime pas le vin orange. Souvent avec un regard cryptique en servant un verre de Garganega son … vin blanc macéré. Son vin orange donc. Parce que c’est bien ça le vin orange, du vin blanc qu’on a vinifié comme du vin rouge, avec la grappe et la peau, qu’on a laissé macérer. Un certain temps. Et comme pour tout il y a plusieurs méthodes. Et si la majorité du monde se réfère au travail de quelques gars comme Radikon et Gravner, Maule préfère en prendre ses distances. Ici c’est son vin blanc classique que j’ai bu, ça laisse rêveur tellement c’est riche, plein de fruits. Le vin blanc le plus « plein » que j’ai pu boire.

Et en transition le Divide du domaine Dva Duby, retour en république Tchèque. Un vin blanc avec une toute légère macération de quelques heures. Un entre deux, pas encore tout à fait orange, plus vraiment blanc. De toute façon il n’y pas de vrai définition au vin orange. Faisons comme Dva Duby et parlons de vin de terroir. Enfin c’est excellent quoi que ce soit.

On finit avec deux pépites? Deux vins français?

Sextant Skin Contact de Julien Altaber. « A caraffer absolument ». Bien. Pourquoi? Question de tanins, d’alcool. Ce serait un vin de garde exceptionnel à garder pour des décennies. Ici on boit le 2015. Par curiosité et avec cette idée « un bon vin il est bon vieux il est bon jeune » je teste avant et après carafage. Qu’est ce qui change? Avant on est vraiment attaqué par l’alcool, un alcool plus typé alcool blanc que vineux. Suivi par cette impression de pain d’épice qui ne me quitte plus depuis que j’ai bu du Radikon. Après un passage en carafe l’alcool se mélange au reste, le pain d’épice s’envole pour laisser des fruits. L’impression de croquer dans un abricot un peu confit. Phénoménal.

Le sa vient d’ou de Jean-Francois Ganevat. Retour dans le Jura. Mais tout l’inverse du No Milk Today. Très peu oxydatif, une sucrosité folle, le raisin blanc. J’aime cette idée d’avoir l’impression de croquer dans le fruit. Elle n’a jamais été aussi vrai. De croquer dans le raisin blanc, avec la peau, l’impression qu’elle se détache du fruit et le gout de la chair du raisin qui apparaît. On est passé par des bulles, des robes rosées, du terroir, du pain d’épice. On finit par le fruit. En toute simplicité.

Très simplement.

Domaine Éole, une question de volume?

Y a quelques jours j’ai bu du blanc du domaine Eole.

Encore un domaine des Alpilles, on était à St Remy, j’en avais entendu beaucoup de bien, il faisait une chaleur moite. Pourquoi pas?

Seulement, on était à deux au resto, nous avons pris une bouteille de 50 cl.

Et sans réellement connaitre ce vin, même si à priori du Rolle assemblé avec du grenache blanc dans cette partie des alpilles j’ai une bonne idée de la tête que ça doit avoir, une chose est sure, quelque chose cloche.

L’impression que le vin n’est pas à l’aise, un peu serré, à l’étroit. Le nez est très fermé, aucune présence du fruité du Rolle, une impression que les arômes se sont envolés, ne reste qu’un alcool légèrement piquant.

Je grossit le trait, y avait du fruit, y avait une certaine fraîcheur. Mais très distant, au loin, sans nuances ni mouvements. Donc rien d’affreux, ça n’a pas gâché les violons et l’odeur de parmesan, mais très frustrant, ça laissait à penser qu’il pouvait y avoir bien mieux dans ce flacon.


Est-ce que toute la faute vient du format de la bouteille? Sans doute pas. Il était peut être trop chaud, l’accord mets/vins n’était pas forcément terrible.

Mais force est de constater que mes meilleurs souvenirs de bouteilles laissent un peu plus de place au vin. Un magnum de Mauzac Nature, un litre de Radikon

Pourquoi?

L’explication « scientifique » est assez simple. Si le contenant est plus large son goulot, lui, restera de la même taille. Proportionnellement le contact entre l’air et le vin sera donc plus faible. Vice versa pour un contenant plus petit.

Et le vin n’est pas fan fan de l’oxygène.

Un grand contenant souffrira aussi moins des changements de températures. Plus de volume donc plus long à refroidir ou à se réchauffer.

Et le vin déteste les chocs thermiques.

En discutant avec un certain vigneron Chardon (…) celui ci me dira tout simplement que le vin sera plus à son aise, plus « épanoui » dans un contenant plus grand. Il évoluera différemment, sans doute mieux, certainement plus longtemps. Mais selon lui il sera, dès le départ, meilleur, plus à sa place, plus aromatique

« Plus libre »


Je crains ne plus avoir le choix et boire uniquement en magnum à partir de maintenant.

Avant de passer aux Jéroboams …

Domaine Milan, un jour de Printemps

Haru ça veut dire Printemps en japonais.

Et tant pis si on est en pleine canicule. On a jamais trop de printemps de toute façon. Je l’ai pas vu partir en plus cette fichue saison. Je ne sais pas si l’été est arrivé à toute vitesse quand j’étais dans les nuages italiens ou s’il est venu, sans crier gare, alors que je sirotais une bière pendant la fête de la musique. Mais on est en plein dedans.

Et on cherche à le fuir un peu, évidemment. Dans l’ombre des arbres, sur les terrasses. Et dans le verre.

Haru

J’ai bien du glisser trois fois que je parlerais de Milan.

C’est parti?


Une bouteille au nom japonais, d’un domaine au nom italien. Le tout produit en Provence.

Tout est naturel.

Pas de collage, de filtrage, à peine un peu de souffre à la mise en bouteille s’il y a besoin.

Alors, forcément, c’est trouble, des particules dansent un peu le long du verre. Lors de notre passage au domaine, il y a quelques semaines, on était encore au printemps, on nous avait expliqué que c’était la raison de ce nom printanier. Comme des feuilles de cerisiers aux vents. La poésie elle sera toujours plus dans le verre que dans les mots quand on boit de bonnes choses.

A droite un fond d’Haru, à gauche un Costière plus classique. La différence de texture est encore plus impressionnante en vrai, malgré une robe aux couleurs proches.

On se laisse peut être berner par le nom et l’étiquette mais nos pensées se tournent très fort vers l’asie lors de cette dégustation. On pense à des notes de cerises, de litchi, pourquoi pas de l’umeboshi. Une chose est sure c’est de la bombe.

Par contre ce ne sera pas mon vin de l’été. Ça reste assez alcooleux, une très grosse présence. Pour parler de la sensation que laisse l’alcool j’évoquais après l’avoir bu de la vodka ou du gin. Dans la texture pas dans la brûlure, un alcool dense et qu’on sent couler le long de la gorge. Hyper agréable mais on perd en rafraîchissement malgré l’entame très franche et vive.


Un très grand rosé, un très très grand vin mais toujours pas le rosé à siroter autour de la piscine.

Pour changer sa vision des vins de Provence, pour sentir qu’un rosé ça peut être autre chose que ce que l’on connait. Une belle sortie hors des sentiers, direction le Japon, l’Italie et les Alpilles …